Parler Lorrain:Présentation

De Le Lorrain.


Le parler lorrain actuel est une forme de Français régional dont les tournures sont influencées par les langues régionales dont il est issu [1] [2]. L'accent, les expressions, les tournures, les mots sont à l’origine d’un français régional savoureux et vivace qui caractérise la manière particulière qu’a un lorrain de parler le français.

La Lorraine est la seule région française à partager ses frontières avec trois autres pays : la Belgique, le Luxembourg et l'Allemagne (länder de la Sarre et de Rhénanie-Palatinat). Elle est également voisine de trois régions françaises : Alsace, Champagne-Ardenne et Franche-Comté. Cette position géographique exceptionnelle est à l’origine d’une histoire riche vectrice d’emprunts lexicaux.

Le parler lorrain est issu des langues régionales suivantes :

  • Le lorrain, issus du latin populaire. Les langues romanes sont parlées dans le Nord-Ouest européen de l'ancien Empire romain d'occident.
  • Le francique lorrain (Platt), au nord de la Moselle : Le terme Francique désigne des dialectes germaniques parlés en Allemagne, en France, au Luxembourg et en Belgique. Historiquement le francique désigne la langue des Francs.


Apports des langues romanes

En guise d’introduction voici deux citations de Ferdinand Brunot et un extrait de Georges Chepfer.

Les deux citations ci-dessous sont extraites de Histoire de la langue française, œuvre écrite par Ferdinand Brunot, Vosgien né à Saint-Dié en 1860, mort en 1938 à Paris :

"J’ai été élevé, écrit-il, dans une famille pratiquement exclusivement le français et j’ai longtemps ignoré le nom français d’un reste de pomme à demi mangée ou d’une tige de chou. Je n’avais entendu appeler le premier que… nâchon et le second que crôche, même dans les promenades du collèges."


"Aujourd’hui encore, je serais bien embarrassé de traduire exactement d’autres noms de choses de la campagne, par exemple mokotte (bouquet de noisettes) ; je sais ce que c’est qu’une lessive qui chabionque ou que du chanvre qu’on cerise, il me serait impossible de donner l’équivalent de ces termes en français de Paris."


Le photographe Willy Michel (à gauche) et Georges Chepfer


Georges Chepfer (Nancy 1871-Paris 1945) est un chansonnier et humoriste lorrain qui s’amusa à caricaturer la manière de parler des paysans lorrains. Son père était mécanicien et sa mère modiste. Il entendit "le parler des paysannes" dans la boutique de sa mère lorsqu’il était jeune. Ce sont ses fameuses Paysanneries qui le rendirent célèbre dans la France entière.

  • Extrait de "La robe de noce" :

Personnages : La Dame, Mélie : sa fille, Arthur : fiancé de Mélie.

La Dame : (…) Ouf ! nous v’là chez la tailleuse, maintenant. Pisqu’on n’en finit pas avec les affaires-là ! Môn Dieu, ça en donne-t-y des maux, de l’ouvràge, une noce !!... Eh ! Ben, voyons, Arthur, laissez-voir not’ Mélie en repos, nemme ? Bougre d’embrasseur, va !... et toi, vas-tu t’laisser faire, dis ?
Mélie : Oh ! mais non, maman !
La Dame : Flanque-lui donc des calottes.
Mélie : Mais oui, maman.
La Dame : Et pis taisez-vous, v’là la tailleuse… Bonjour, Madame Laurent, ça va-t-y toujou comme vous voulez ?... Oui ?... Allons tant mieux. J’vous amène not’ Mélie qu’nous allons marier dans trois semaines avec l’Arthur, que voilà là : vous coyez donc vous ? dites… hein ? C’est pour vous dire qu’on élève des grands enfants comme ça et que ce n’est pas soi et qu’on n’en profite pas ! Et pis que nous vouderions bien que vous lui fassiez sa rôbe blanche. (…)

  • Extrait de "Indécision" :

Personnages : Le Père Bagard et son fils Eugène

Le Père B. : (…) Qu’est-ce que t’décides ?
Eugène : Ben ! Je n’sais pas..... Eh ! ben.
Le Père B. : Eh ! ben, quoi ?
Eugène : Je ne les aime pas, là !
Le Père B. : Couche-te donc, te seras toujours aussi bezon une fois qu’à l’autre. J’t’en bayerai, moi, d’l’amour, de quoi que je m’mêle!.... Est-ce que j’aimais ta mère, moi, quand j’m’ai marié avec ?! lah ! Ben donc, ça ne nous a pas empêché d’être heureux.


Extraits :


Retour aux origines romanes

Phonétique

La frontière linguistique mosellane marque la séparation entre le platt au Nord, et le lorrain au Sud. Le terme "frontière" est impropre car elle n'a jamais été une frontière entre deux États.


Ces deux zones n'ont pas le même accent régional, parce qu'elles n'ont pas le même substrat : le platt est une langue germanique alors que le lorrain est une langue romane. A l’intérieur même de ces deux zones, l’accent connait des variations. Témoignage de patoisantlorrain[3], extrait du forum :

(…) l’accent différait selon les villages. (…) quand j’étais en cours élémentaire au début des années 70 (il y avait déjà le regroupement scolaire), notre institutrice nous entendant parler et jouer dans la cour de l’école, pouvait dire si tel enfant était de Froville, de Méhoncourt, de Brémoncourt ou d’Einvaux. Munnower disait la même chose en ce qui concerne le platt près de Thionville. Malheureusement, les accents se perdent, mais dans les villages, certains enfants l’ont encore (en fait, ça dépend si leurs parents ont l’accent lorrain, s’ils l’ont toujours entendu dans le village).

Pour de plus amples informations, consultez :

Adjectifs

  • Sauf rares exceptions, les adjectifs déterminatifs sont remplacés par des adverbes –ci, -lò, -lè, -lé. Exemple : lo live-ci (ce livre), les èfants-lò (ces enfants), l’euhh-lè (cette porte). Souvent on dit "l’homme-là" ou "cette chose-ci" au lieu de "cet homme" ou "cette chose".
 Remarque(s):
Les québécois utilisent le "là" pour ponctuer la fin d'une phrase ou d'un mot[4] :
  • J'l'adore cette place-là, moé.
  • Moi là, ton char, là, j'l'aurais pas acheté, là.
  • Elle est bin cute cette fille-là, là.

Adverbes

  • L’adverbe devant est souvent remplacé par l'adverbe avant. En roman, l’adverbe avant se traduit par devant, d’vant, dovant, devant-queExemple : J’érivrai devant-quevòs(Je suis avant lui).
  • L’adverbe partout est souvent remplacé par "tout partout". En roman, partout se traduit par tou-patout, to-patot, to-potiot
  • L‘adverbe sûrement est souvent remplacé par "bien sûr". En roman, l’adverbe sûrement se traduit par bié sûr, bien sûr, po sûr

Conjonctions

  • La conjonction parce que est souvent prononcé "pasque". En roman, la conjonction se traduit par passque.

Pronoms

  • Le pronom relatif dont n’existe pas dans le lorrain, il a été remplacé par qué, que. Exemple : lè fomme-lè qué s’n effant ast mouaut (Cette femme dont l’enfant est mort). On retrouve toujours cette substitution à l’oral : Par exemple, "que " est utilisé à la place de "dont" : Renvoyez-moi les livres que vous ne vous servez pas" à la place de "Renvoyez-moi les livres dont vous ne vous servez pas".
  • Dans la majorité des langues romanes, les pronoms interrogatifs sont redondants : qui-ost-ce ?, qui-ost-ce-que ?, qu’ost-ce-c’est-que ?... On retrouve toujours cette redondance à l’oral : "Qui est-ce que c'est ?" au lieu de "Qui est-ce?" ou encore : Qu’ost-ce-que t’è vû ?(Qu’est ce que tu as vu ?) à la place de "Qu’as-tu vu ?".
  • La distinction entre "que" (qué, que…) et "qui" (qui, qué, que…) existe dans très peu de langues.
  • Le pronom "l’autre" est souvent prononcé "l’aute". En lorrain la traduction de "l’autre" est l’aute.

Construction des mots

  • Les lorrains sont friand de diminutifs et d'explétifs. Exemple: monter en haut, descendre en bas...

Divers

  • "Quelque chose" est parfois prononcé "queque chose".


Petit lexique de Français régional

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z

A

A devient "de" dans certaines expressions :

  • "Venez à bonne heure" au lieu de dire "Venez de bonne heure"
  • "Allez à quelque part" au lieu de dire "Allez quelque part"

On enlève souvent le "à" dans des expressions : « Avoir mal la tête », « Avoir froid les pieds », …
Aller:

  • "Il a été à la messe" pour signifier qu'il y a été et qu'il en est revenu.
  • "Il est allé à la messe" pour signifier qu'il est actuellement à la messe.

Alphabet: il ne faut pas prononcer le t
Aout: prononcé â-out
Après: utilisé un peu n’importe quand et n’importe comment:

  • "Demander après quelqu’un" au lieu de "Demander quelqu’un"
  • "Rire après quelqu’un" au lieu de "rire de quelqu’un"
  • "Etre après quelque chose" au lieu de "travailler à quelque chose"
  • "Après-après demain" au lieu de dire "dans 3 jours"

Au jour d’aujourd’hui: expression trivial avec répétition, lol ! Typiquement lorrain !!
Au part de cela de cela: outre cela
Auprès: "il l’a acheté auprès du marchand" mais "il l’a acheté au marchand"
Avant-hier: on en prononce pas le t quand il faudrait le prononcer
Avant que ne: par exemple : "je le verrai avant qu’il ne parte"
Avec cela: pour "malgré cela"

Début

B

Bon: On dit "avoir bon chaud" au lieu de dire "avoir chaud"
Ben: utilisé au lieu de bien, "c’est ben bon"
Bien à point: demander "un steak bien à point" au lieu de demander "un steak bien cuit"
Bon gros, bonne grosse: On ajoute toujours en Lorraine cet adjectif bon ou bonne quand celui-ci ne devrait pas être là. "Un bon gros melon" par exemple
Bruler: On dit "bruler de chaud" pour "avoir chaud"
Bûche de bois: On ajoute bois quand ceci est sous-entendu dans le mot bûche


Début

C

Capable à: au lieu de "capable de"
Ci et la: on dit "l’homme-là" ou "cette chose-ci" au lieu de "cet homme" ou "cette chose"
Comment ce que: "comment ce qu’on joue" au lieu de dire "comment est-ce que l’on joue"
Comme tout: "il est gentil comme tout", comme tout n’est pas obligatoire !

Début

D

De: supprimé quand il ne faut pas : "il est bonne heure" au lieu de dire "il est de bonne heure"
Dedans (mettre quelqu’un): mettre quelqu’un dans l’embarras
Depuis: utilisé à la place de "de" : "on nous entend depuis ici", "il faut aller depuis là"
De vrai: "c’est pour de vrai" au lieu de "c’est vrai"

Début

J

Jusque au lieu de jusqu’à: "je t’ai attendu jusque midi" par exemple

Début

L

Les, la, le:

  • Mal utilisé : "j’ai froid les pieds" au lieu de dire "j’ai froid aux pieds"
  • Mal placé : "donnez moi le" au lieu de dire "donnez le moi"

Début

M

Malgré elle et malgré eux: prononcé malgré-s-elle et malgré-s-eux
Moi-z-y moi-z-en: "envoyez moi-z-en" par exemple

Début

P

Peu (un): utilisé quand cela ne veut rien dire "Laissez-moi un peu passez"
Peu-à-peu: que l'on prononce à tord peu-zà-peu
Puisse-être: prononcé puisse-t-être

Début

Q

Quand: que l'on a tendance a prononcé quante
Que: utilisé à la place de "dont" et de "quoi" renvoyez-moi les livres que vous ne vous servez pas
Quelque chose: prononcé queque chose
Qui est-ce que c'est: au lieu de "qui est-ce?"

Début

S

Sans que ne: il faudrait dire "sans que" "J'ai su cela sans qu'on ne me l'ai dit" au lieu de "J'ai su cela sans qu'on me l'ait dit"
Semaine, Année qui vient (la) : pour la semaine, l'année prochaine
Sortir d'être malade: pour sortir de maladie

Début

T

Tout partout: au lieu de partout
Tout plein: au lieu de plein

Début

V

Voir: mot utilisé un peu n'importe comment "Venez-voir" "Regarde-voir"

Début


Apports du Platt

Les Lorrains utilisent des mots ou des expressions franciques sans en avoir conscience. On dit par exemple stempel pour tampon, spritzé pour giclé ou encore Bommler pou mendiant. Il arrive aussi que certaines expressions utilisent la même construction que le francique :

Ça tire : il y a des courants d’air, du Platt et zéiht
Entre midi : Entre midi et 14h, du Platt zwéschen Métdach
Viens avec ! : Viens avec nous !, du Platt komm mét !
Faire le bleu : faire l’école buissonnière, du Platt bloo machen
Noun di dié : Nom de dieu ! Le francique a emprunté l’expression "nom de dieu" au Français qu’il a transformé en nunndidié puis réemprunté par les Lorrains en "noun di dié"!

Enfin quelques gros mots :

Tête de Holtz : Tête de mule, du Platt Holzkopp
Raoudi : garnement, du Platt Raudi

Notes et références

  1. MICHEL J.-F. Dictionnaire des expressions vicieuses. Édition Inconnue. Nancy : 1807, 213 p.
  2. ADAM L.. Les patois lorrains. Académie de Stanislas. Nancy : 1881, 459 p.
  3. Voir la discussion sur le forum : le breton dans la vie de tous les jours.
  4. Article le "Français québécois"[1] sur Wikipédia.
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