Lorrain:Proverbes

De Le Lorrain.

Sommaire

Proverbes recueillis en 1864 dans les Vosges[1]

  • Pu qu’lo lou é, pu qu’il vu évou.

Plus le loup a, plus il veut avoir.

  • Faire lo dchin pou avou l’ouse.

Faire le chien pour avoir l’os.

  • Botté lo lou pou vouadé sis dcheuves.

Mettre le loup pour garder ses chèvres.

  • Quò lo pouo a græ, il caisse lè ran.

Quand le porc est gras il casse le ran(l’étable) , c'est-à-dire, bonheur enfle le cœur.

  • Lis gros dchins ne se mouodont mi ine è l’âte.

Les gros chiens ne se mordent pas l’un l’autre.

  • Il liéï lo daïe que n’é mi mà.

Il lie le doigt qui n’a pas mal.

Proverbes recueillis en 1881[2]

  • Près d’motèïe, lon d’Dèïe. (Le Tholy)

Près de l’église, loin de dieu.

  • Ç’ qu’ost peut ost co malin. (Bainville-aux-Saules)

Ce qui est laid est encore méchant.

  • Lo mau viè è chwau mâs el o r’vé è pied. (Bellefontaine)

Le mal vient à cheval, mais il s’en va à pied.

  • Las pètèts effants las pètès maux, las grands las grands maux. (Grand-Bois)

Les petits enfants les petits maux, les grands les grands maux.

  • In bodoux ost pus teut rètropè qu’in bouèstioux. (Le Tholy)

Un menteur est plus tôt rattrapé qu’un boiteux.

  • Qui qu’prod in iœu prod in bieu. (Rupt)

Qui prend un œuf prend un bœuf.

  • Èvi s’couche, èvi s’lôve. (La Bresse).

Tard se couche, tard se lève.

  • L’aute qu’é tiét lo sac ost aussé coupabe qué l’aute qué mot d’dos. (grand-Bois)

Celui qui tient le sac est aussi coupable que celui qui met dedans.

  • Qué hante las chiés écquote das puces. (Grand-Bois).

Qui hante les chiens attrape des puces.

  • E n’sé faut mi fiè è l’eauve qué gùze, ç’ost lè çule qué nèye. (Rupt).

Il ne faut pas se fier à l’eau qui dort, c’est celle qui noie.

  • È lè bonne faim, é n’y é pouèt d’mâ pain. (Le Tholy)

A la bonne faim, il n’y a point de mauvais pain.

  • Lo çi qu’imprinte ôst l’esclave do çi que prote. (Vexaincourt).

Celui qui emprunte est l’esclave de celui qui prête.

  • Jàre et bru ç’ost bein d’autru. (Le Tholy)

Gendre et bru c’est bien d’autrui.

  • L’oisevetè eursônne è lè rôye, elle îse trôp bien pis que lo trévaye ; lè kiè qu’on serve ost tojo pis kière. (Vexaincourt)

L’oisiveté ressemble à la rouille, elle use beaucoup plus que le travail ; la clef dont on se sert est toujours plus claire.


Proverbes recueillis en 1911 à Damas-devant-Dompaire(88)[3]

  • Faut vife et layi vife.

Il faut vivre et laisser vivre.

  • L'aivoine és chiéfes, lo vin és fommes, ç'ost du ben podiu.

L'avoine aux chèvres, le vin aux femmes, c'est du bien perdu.

  • Colère de gueux eun' dure mie.

Colère de gueux ne dure pas (ils se réconcilient vite).

  • En n'faut j'mas s'déproté d'vant d'se couché.

Il ne faut jamais se déshailler avant de se coucher (se dépouiller de son bien de son vivant).

  • Vaut meux d'vu pendant çant ans que de r'noyé eune Loure.

Mieux vaut devoir pendant cent ans que de renier sa dette une heure.

  • Contre lai faim, i n'y ai poèt de gros pain.

Contre la faim il n'y a pas de gros pain.

  • Hontoux lo pâd, hardi lo gaigne.

Honteux le perd, hardi le gagne.

  • Faut layï lai chasse és chaissous, lai pouèche és poichous.

Faut laisser la chasse aux chasseurs, la pêche aux pêcheurs (chacun son métier).

  • Eun te moque mie des mau chaussis; lès solés vinrot viex.

Ne te moque pas des mals chaussées, tes souliers deviendront vieux.

  • Eu couèche lo cûeyïe zo lo poue.

Il cache le cuir sous le poil (il n'est pas franc).

  • Eu m'est fât un pont, je pesse dessus.

Il m'a fait un pont, je passe dessus (je lui rends la pareille).

  • Eune fois qu'on ost on haut de l échaule, il faut dèvèle.

Une fois qu'on est en haut de l'échelle, il faut descendre.

  • Paure saint, paure chapelle.

Pauvre saint, pauvre chapelle.

  • Vaut meux poutié envie que de poutié pitié.

Vaut mieux porter envie que pitié

  • Tondou de laiçot, aittrapou de p teut ougé ne raimaisse point d chaité.

Tendeur de lacet, preneur de petit oiseau, ne ramasse point de château.

  • C' n'ost-me les chevaux que fiot v'nu lo pus d'aivoine qu'on mangeot le pus.

Ce n'est pas les chevaux qui ont fait venir le plus d'avoine qui en mangent le plus.

  • Chaingi de geos, chaingi de défauts.

Changer de personnel, changer les défauts

  • Aivou deux chères on pieut dès fois s'èchôre lo cul po tarre.

Avec deux chaises, on peut quelquefois s'asseoir par terre.

  • Quand on n'é-me ce qu'on aime on ost obligé d'aimer ce qu'on é.

Quand on n'a pas ce qu'on aime, on est obligé d'aimer ce qu'on a.

  • Si chécun peino devant chi lu, lé route s'ro prope.

Si chacun balayait devant chez lui, la route serait propre (Si chacun s'occupait de ses affaires, cela irait mieux).

  • Vaut me layïe s'n effant mouèchou que d'y errèchi lo nez.

Il vaut mieux laisser son enfant morveux que de lui arracher le nez.

  • C'ost quand les ârbres sont jeunes que faut lés rdrossi.

C'est quand les arbres sont jeunes qu'il faut les redresser.

  • C ost toujou les tonnés veutes que fio lo pu d'bru.

Ce sont toujours les tonneaux vides qui font le plus de bruit.

  • Faut motte lo tieucheyïe au moueyïtant do villaige.

Il faut mettre l'église au milieu du village.

  • Bein pore que n'sero promotte.

Bien pauvre est celui qui ne peut rien promettre..

  • Chécun sé c'que cueüyie dons so pot.

Chacun sait ce qui cuit dans sa marmite.

  • çont ans de mélancolie n'payïoin-me un sou d'dotte.

Cent ans de mélancolie ne pavent pas un sou de dette.

  • ç'ost toujou lès pus vouettes lès pus maunijou.

C'est toujours les plus sales les plus difficiles.

  • Doux hommes se roncontront, doux montégnes jémâs.

Deux hommes se rencontrent, deux montagnes jamais.

  • Eu bâtit des chètés su dés bossottes.

Il bâtit des châteaux sur des fétus.

  • Eu n'y est rin de si bète qu'un homme que n'est poué d'esprit.

Il n'y a rien de si bête qu'un homme qui n'a pas d'esprit.

  • Eul é do fi é sé quenôyïe.

Il a du fil à sa quenouille (il a assez d'ouvrage sans s'occuper de celui de son voisin).

  • On n'sé j'mà lè vérité que po les effants ct les hommes saouls.

On ne sait jamais la vérité que par les enfants et les hommes saouls.

  • On voué toujou bein lo bè lemyïe quand on é kiboulét.

On voit toujours la belle place quand on a renversé.

  • Quand on croit cueurre lo fou éboule.

Quand on croit cuire le four écroule.

  • Lo bos bèké fa do feuyie drot.

Le bois tordu fait du feu droit (Peut donner un on conseil).

  • Lai belle cage eun neurt mie l ougé.

La belle cage ne nourrit pas l'oiseau.

  • Eu n faut m toujou touchi su lo même lio.

Il ne faut pas touours frapper sur le même clou.

  • Tot r nâ que dôl n i chot rin dos lai gueule.

Tout renard qui dort n'attrape rien.

  • L'aiccotumance, fait l'âjance.

L'accoutumance fait l'aisance.

Proverbes recueillis en 1913 à Damas-devant-Dompaire(88)[4]

  • Çont hommes, çont idées.

Cent hommes, cent idées.

  • A cinquante ans reuche ou jmâ.

A cinquante ans, riche ou jamais.

  • Eu ne fâ-me boué fâre l’euvraiche que fâ peur é so mâte.

Il ne fait pas bon faire l’ouvrage qui fait beur à son maitre.

  • Aivou deux chères on pieut dès fouès s’échôre po târre.

Avec deux chaises on peut quelquefois s’asseoir par terre.

  • On fâ comme on pieu, on ne fâ-me comme on vieut.

On fait comme on peut, on ne fait pas comme on veut.

  • On n’s’re fâre qu’on fiant.

On ne sait faire qu’en faisant.

  • On ollant, on v’nant lo domestique fâ s’n an.

En allant, en venant le domestique fait son œuvre.

  • Eu ne faut j’mâ ‘s’moqué do loup qu’on sôye fieu do bo.

Il ne faut jamais se moquer du loup qu’on ne soit hors du bois.

  • Faut qu’lè chneyïë viveurre do cho.

Il faut que la chenille vive du chou.

  • Les effants d’chettes peurnot des rettes.

Les enfants de chats prennent des rats (bon chien chasse de race).

  • Méchant bojeyïe que aime le loup.

Mauvais berger celui qui aime le loup.

  • Y est rein de si pur que lo don.

Il n’y a rien de si pur que le don.

  • C’ost un bé manté qu’lè richesse.

C’est un beau manteau que la richesse.

  • Eu ne faut-me toujou touchi su lo chevau que tire.

Il ne faut pas toujours toucher sur le chavel qui tire.

  • C’ost toujou les mouyeïous fruts qu’lés ougés bocquot les premeyïes.

Ce sont toujours les meilleurs fruits que les oiseaux becquètent les premiers.

  • Vaut meux poutié lo ris qu’lo cri.

Mieux vaut porter le rire que le cri.

  • On ai cinq doyïes ai lai main ; y on n’ai-m’ eine qué sé r’sonneusse.

On a cinq doigts à la main, il n’y en a pas un qui se ressemble.

  • Lo sine que prend un bieu prend co un bieu.

Celui qui prend un œuf peut prendre un bœuf.

  • On sai toujou bein quand on pettieu, mâ on n’sai j’mâ quand ost-ce qu’on r’vinrait.

On sait toujouts bien quand on part, mais on ne sait jamais quand on reviendra.

  • Vaut me coure é lè meuche qu’au médecin.

Vaut mieux courir à la miche qu’au médecin.

  • C’ n’o-me lo tout que d’se levet mettin, ç’ost d’errivet é l’houre.

Ce n’est pas le tout de se lever matin, c’est d’arriver à l’heure.

  • Eu faut layïe core lo vot sur lés teules.

Il faut laisser courir le vent sur les tuiles (laisser les choses suivre leur cours).

  • Le mau d’autrui n’ost que songe.

Le mal d’autrui n’est que songe.

  • L’aivoine és chiéfes, lo vin ès fommes, ç’ost do ben podiu.

L’avoine aux chèvres, le vin aux femmes, c’est du bien perdu.

  • Depu tot-ci eundé j’quai Rôme, c’ost tortot des hommes.

Depuis ici jusqu’à Rome, c’est tout des hommes.

  • Bin venu qu’aitpoutyë.

Bien venu (reçu) qui apporte quelque chose.

  • Se n’y aivot qu’in boulanger on airot sevot faim.

S’il n’y avait qu’un boulanger on aurait souvent faim.

  • Chaiquin fât le fou ai ses dépos.

Chacun fait le fou à ses dépens.

  • Marchâ quo pâd n’serot rire.

Marchand qui perd ne saurait (peut) rire.

  • Jaimâs fomme d’esprit n’est tondu ses berbis en aivri.

Jamais fomme d’esprit n’a tondu ses brebis en avril.

Proverbes recueillis en 1919 à Damas-devant-Dompaire(88)[5]

  • Eu n’faut j’mâ se rèjoyi d’eune boine golayïe qu’on ne lé t’neusse.

Il ne faut jamais se réjouir d’une bonne bouchée qu’on ne la tienne.

  • Quand on serre trop l’anguyie on lè chaippe.

Quand on serre trop l’anguille on l’échappe.

  • En n’faut j’mâ aicheté in lièfe do in boichon.

Il ne faut jamais acheter un lièvre dans le buisson.

  • Châ que piâ o mai mouéytié maingie.

Viande qui plait est à moitié mangée.

  • Quand on o do lo malheur, in cô de pied de bique touro in hôme.

Quand on est dans le melheur, un coup de pied de chèvre tuerait un homme.

  • Lai neuye et lo jou çai dure toujou.

La nuit et le jour ça dure toujours.

  • Ç’o toujou lai pu méchant reuyie do cha que crie toujou.

C’est toujours la plus mauvaise roue de la voiture qui crie.

  • Lai pierre vai toujou au meurgéyïe.

La pierre va toujours au murger (l’eau à la rivière).

Sources diverses

  • I n’fa jéma tiré lo diabe pé lé queue, si on ne vut-me cheurre dans lé margatte (patois des environs de Châteu-Salins).

Il ne faut jamais tirer le diable par la queue si on ne veut tomber dans la boue.

Notes et références

  1. Louis Jouve."Coup-d'œil sur les patois Vosgiens" 1864. p. 81
  2. Académie de Stanislas. "Les patois lorrains" 1881. p. 451
  3. Société d'archéologie lorraine. "Le Pays lorrain (Nancy)." 1911. p. 176,376,440
  4. Société d'archéologie lorraine. "Le Pays lorrain (Nancy)." 1913. p. 303, 382, 717, 812
  5. Société d'archéologie lorraine. "Le Pays lorrain (Nancy)." 1914-1919. p. 294
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